Elle et elle. Parfois, elles ont des choses à se dire quand elles se retrouvent. De nouvelles choses. C’est comme une condition première avant un malheur, une joie, du temps pour soi. Parler pour parler. Ressentir, car c’est ainsi qu’on leur a dit que ce devrait être. Tu naîtras, et après le premier cri, tu sauras que tu es née pour ressentir, pour t’émouvoir de ces choses qui n’intéressent
Elle et elle, une formule douteuse. Depuis qu’elles sont des enfants personne d’autre, on leur parle avec mesure, on les prévient : si tu fais un pas, ce doit être le bon, le beau, celui qui convient à l’innocence des regards. Il ne faut pas les blesser, les regards. Il ne faut pas crier. Elles doivent ressembler à des poupées en porcelaine derrière une vitre toujours propre.
Elle et elle se retrouveront. Seront les meilleures amies du monde, lorsqu’une apprendra l’autre à ne pas glisser dans la cour quand elles courent. Elles s’essuieront mutuellement les larmes lorsque, des années s’étant écoulées, quelque chose viendra qui leur fendra le cœur. Car ce qu’elle et elle ont le plus, c’est bien du cœur.
Elle et elle fonderont une famille. Elle sera heureuse. Elle peut-être pas. Elles se retrouveront de temps en temps. Et elles souriront, se parleront. Auront des choses à se dire, ces nouvelles choses que l’on dit aux retrouvailles. Parfois d’autres elle et elle viendront, car c’est comme une condition première avant un malheur, une joie ou du temps libre. Parler pour parler. Ressentir, car c’est ainsi qu’on leur a dit que ce devrait être.
Il y a des moments où elle s’assoit dans un banc du terminal avec pour toute barricade une paire de valises et des lunettes de soleil. Elle n’a que faire de la lumière, de la chaleur ou du soleil, avec sa robe rose à fleurs, ses sandalettes fines à peine visibles, son sac blanc si grand, si près du cœur, sa montre-bracelet, ses cheveux en cascades sur le sein qui s’insinue, sa bouche comme entr’ouverte depuis longtemps. Est-ce qu’elle respire? Voilà le genre de questions qu’elle n’aime pas.
Qui ne la font pas sourire du tout. Du tout. Elle n’a pas marqué “sourire” dans la colonne “à faire”. Probable qu’elle fermerait la bouche ou croiserait ses jambes entendant par là que sa vie se passerait de prétextes désormais. Elle attend. Depuis une heure, elle attend. Son ticket lui a appris qu’elle a encore des heures à attendre.
Elle a choisi de voyager, chercher le refuge de la vitre pour mieux suivre le mouvement de la route, car si en regardant au dehors elle voit passer les kilomètres, elle sentira aussi que son dedans avance, se déplace. Elle ne pense à aucune ville en particulier, personne ne l’attend au prochain arrêt.
Elle ne pense pas changer de route. Or, une femme s’approche d’elle, s’arrête face à elle et lui offre une cigarette, comme s’il s’agissait d’un déjà vieux rituel existant entre elles.
Elle, cette femme, est grande et mince, les cheveux en queue de cheval maintenus et libres telle une cascade d’ébène. Elle porte des jeans et des hauts talons noirs. Elle porte une blouse verte à manches courtes serrée à la taille. Elle porte plusieurs colliers alors que dans un petit sac assorti à la couleur de ses chaussures il semble y avoir, en plus des cigarettes, bien des secrets. Ses yeux maquillés, brillants, sont comme un défi. Sa peau blanche semble avoir échappé aux rigueurs de l’été. Elle parle, elle sourit, elle offre une cigarette.
- Non, merci, je ne fume pas.
- Bon. Est-ce que je peux m’asseoir?
- Mais, certainement !. Laisse-moi juste déplacer mes valises, elles sont encombrantes...
- Tu veux que je t’aide?
- Non, laisse, je ne manque pas de force.
- Bien ! Vraiment... tu ne veux pas une cigarette?
- Non, merci. Voilà ! Tu peux t’asseoir maintenant
- Merci ! C’est très aimable à toi. Elle ne te gêne pas, la fumée, vraiment...?
- Non.
- Bon. Qu’est-ce que tu fais ici?
- Ce que tout le monde fait ici, attendre, que peut-on faire d’autre... ici…
- Oui, effectivement ! Moi aussi, je viens pour attendre…
Elle et elle, une formule douteuse. Depuis qu’elles sont des enfants personne d’autre, on leur parle avec mesure, on les prévient : si tu fais un pas, ce doit être le bon, le beau, celui qui convient à l’innocence des regards. Il ne faut pas les blesser, les regards. Il ne faut pas crier. Elles doivent ressembler à des poupées en porcelaine derrière une vitre toujours propre.
Elle et elle se retrouveront. Seront les meilleures amies du monde, lorsqu’une apprendra l’autre à ne pas glisser dans la cour quand elles courent. Elles s’essuieront mutuellement les larmes lorsque, des années s’étant écoulées, quelque chose viendra qui leur fendra le cœur. Car ce qu’elle et elle ont le plus, c’est bien du cœur.
Elle et elle fonderont une famille. Elle sera heureuse. Elle peut-être pas. Elles se retrouveront de temps en temps. Et elles souriront, se parleront. Auront des choses à se dire, ces nouvelles choses que l’on dit aux retrouvailles. Parfois d’autres elle et elle viendront, car c’est comme une condition première avant un malheur, une joie ou du temps libre. Parler pour parler. Ressentir, car c’est ainsi qu’on leur a dit que ce devrait être.
Il y a des moments où elle s’assoit dans un banc du terminal avec pour toute barricade une paire de valises et des lunettes de soleil. Elle n’a que faire de la lumière, de la chaleur ou du soleil, avec sa robe rose à fleurs, ses sandalettes fines à peine visibles, son sac blanc si grand, si près du cœur, sa montre-bracelet, ses cheveux en cascades sur le sein qui s’insinue, sa bouche comme entr’ouverte depuis longtemps. Est-ce qu’elle respire? Voilà le genre de questions qu’elle n’aime pas.
Qui ne la font pas sourire du tout. Du tout. Elle n’a pas marqué “sourire” dans la colonne “à faire”. Probable qu’elle fermerait la bouche ou croiserait ses jambes entendant par là que sa vie se passerait de prétextes désormais. Elle attend. Depuis une heure, elle attend. Son ticket lui a appris qu’elle a encore des heures à attendre.
Elle a choisi de voyager, chercher le refuge de la vitre pour mieux suivre le mouvement de la route, car si en regardant au dehors elle voit passer les kilomètres, elle sentira aussi que son dedans avance, se déplace. Elle ne pense à aucune ville en particulier, personne ne l’attend au prochain arrêt.
Elle ne pense pas changer de route. Or, une femme s’approche d’elle, s’arrête face à elle et lui offre une cigarette, comme s’il s’agissait d’un déjà vieux rituel existant entre elles.
Elle, cette femme, est grande et mince, les cheveux en queue de cheval maintenus et libres telle une cascade d’ébène. Elle porte des jeans et des hauts talons noirs. Elle porte une blouse verte à manches courtes serrée à la taille. Elle porte plusieurs colliers alors que dans un petit sac assorti à la couleur de ses chaussures il semble y avoir, en plus des cigarettes, bien des secrets. Ses yeux maquillés, brillants, sont comme un défi. Sa peau blanche semble avoir échappé aux rigueurs de l’été. Elle parle, elle sourit, elle offre une cigarette.
- Non, merci, je ne fume pas.
- Bon. Est-ce que je peux m’asseoir?
- Mais, certainement !. Laisse-moi juste déplacer mes valises, elles sont encombrantes...
- Tu veux que je t’aide?
- Non, laisse, je ne manque pas de force.
- Bien ! Vraiment... tu ne veux pas une cigarette?
- Non, merci. Voilà ! Tu peux t’asseoir maintenant
- Merci ! C’est très aimable à toi. Elle ne te gêne pas, la fumée, vraiment...?
- Non.
- Bon. Qu’est-ce que tu fais ici?
- Ce que tout le monde fait ici, attendre, que peut-on faire d’autre... ici…
- Oui, effectivement ! Moi aussi, je viens pour attendre…